Imaginez une entreprise confrontée à une pénurie de talents, une transformation digitale majeure, des enjeux de rétention, de culture d’entreprise et de leadership.
Autour de la table du comité exécutif siègent le CEO, le CFO, le responsable juridique et les dirigeants opérationnels.
Mais aucune personne n’est là pour représenter le capital humain.
Paradoxal non ?
C’est pourtant encore largement la réalité en Suisse.
Lors de notre dernier webinaire organisé par JobCloud, nous avons accueilli Laetitia Kulak, qui a plus de 25 ans d’expérience dans les ressources humaines et experte en transition digitale RH, pour répondre à une question aussi simple que provocatrice :
Pourquoi les DRH sont-ils encore si peu présents dans les organes de gouvernance des entreprises suisses ?
Un constat frappant : les RH restent absentes des instances stratégiques
Les chiffres présentés lors du webinaire sont éloquents.
En Europe, les DRH représentent seulement entre 3 % à 6 % des membres des conseils d’administration.
En Suisse, cette proportion tombe entre 1 % à 3 %.
Dans les PME suisses, leur présence est quasiment inexistante.
Pourtant, jamais les enjeux humains n’ont été aussi stratégiques :
- pénurie de talents
- fidélisation des collaborateurs
- transformation des métiers
- évolution des compétences
- intelligence artificielle
- marque employeur
- engagement des équipes
Autrement dit : les sujets qui occupent aujourd’hui une grande partie de l’agenda des dirigeants sont précisément ceux sur lesquels les RH possèdent une expertise directe.
Un paradoxe suisse
La Suisse est régulièrement classée parmi les économies les plus performantes et innovantes au monde.
Mais lorsqu’il s’agit de gouvernance, les modèles restent souvent très traditionnels.
Les conseils d’administration sont historiquement construits autour de profils :
- financiers
- juridiques
- opérationnels
L’objectif principal a longtemps été de protéger les intérêts des actionnaires, maîtriser les risques et assurer la rentabilité.
Dans ce contexte, les ressources humaines ont souvent été perçues comme une fonction de support plutôt que comme une fonction stratégique.
Résultat : la voix du capital humain reste sous-représentée dans les lieux où se prennent les décisions les plus importantes.
Le principal frein : une vision dépassée des RH
L’un des messages forts du webinaire concerne la perception encore très répandue du métier.
Dans de nombreuses organisations, les RH sont encore associées à :
- l’administration du personnel
- les contrats
- les salaires
- le recrutement
- la formation
Bien sûr, ces missions font partie du rôle, mais elles ne reflètent qu’une partie de la réalité.
Les DRH pilotent aujourd’hui des enjeux complexes :
- planification des effectifs
- transformation organisationnelle
- gestion des compétences
- culture d’entreprise
- accompagnement du changement
- leadership
- performance collective
Autant de sujets qui influencent directement les résultats économiques d’une entreprise.
Pour Laetitia Kulak, continuer à limiter les RH à une fonction administrative revient à ignorer une partie essentielle de la création de valeur.
Des conseils d’administration riches en chiffres… mais pauvres en compétences humaines ?
Une phrase prononcée pendant le webinaire a particulièrement marqué les participants : « Les conseils d’administration sont pleins de chiffres mais souvent vides de compétences humaines. »
Bien sûr, la performance financière reste indispensable, mais les chiffres ne racontent pas toute l’histoire.
Une entreprise peut afficher de bons résultats à court terme tout en accumulant :
- du désengagement
- une perte de sens
- des problèmes de leadership
- un turnover croissant
- des tensions internes
Ces signaux faibles apparaissent souvent bien avant qu’ils ne se traduisent dans les indicateurs financiers. Et ce sont précisément ces dimensions que les professionnels RH sont formés à comprendre et à anticiper.
L’IA va-t-elle renforcer ou affaiblir le rôle des RH ?
La question a naturellement émergé durant les échanges.
Pour Laetitia Kulak, l’intelligence artificielle représente une opportunité historique pour les ressources humaines.
Pourquoi ? Parce que l’IA permet d’automatiser une partie des tâches administratives et analytiques.
Les RH peuvent ainsi consacrer davantage de temps à ce qui constitue leur véritable valeur ajoutée :
- l’accompagnement humain
- l’intelligence émotionnelle
- la gestion du changement
- le leadership
- la culture d’entreprise
L’IA peut produire des analyses, mais elle ne remplace pas la compréhension des dynamiques humaines. Et plus les entreprises s’automatisent, plus cette compétence devient stratégique.
Comment les DRH peuvent-ils gagner leur place à la table des décisions ?
- Développer une posture stratégique
Pour être légitimes dans les instances de gouvernance, les RH doivent démontrer leur impact business.
Cela implique notamment :
- maîtriser les indicateurs clés
- parler le langage de la performance
- relier les enjeux humains aux résultats de l’entreprise
Les décisions stratégiques s’appuient sur des données.
Les RH doivent donc être capables d’apporter des preuves concrètes de leur contribution.
- Participer aux instances de direction
Le comité de direction constitue souvent une première étape vers les conseils d’administration.
Être impliqué dans les décisions stratégiques permet :
- d’acquérir de l’expérience en gouvernance
- de développer sa crédibilité
- de démontrer sa valeur ajoutée auprès des dirigeants
- Oser sortir de son périmètre traditionnel
Un autre message fort du webinaire : les RH doivent gagner en visibilité.
Cela passe notamment par :
- le networking
- les événements professionnels
- les associations d’administrateurs
- les conseils de fondation
- les projets transversaux
Comme l’a rappelé Laetitia Kulak : « Il faut parfois pousser les portes. Et quand elles se ferment, passer par la fenêtre. »
- Renforcer les formations dédiées à la gouvernance
Aujourd’hui, peu de parcours préparent spécifiquement les DRH à siéger dans des conseils d’administration.
Le développement de formations orientées gouvernance, stratégie et rôle d’administrateur constitue un levier important pour faire évoluer la situation.
Le rôle clé du CEO
Le webinaire a également mis en lumière un acteur souvent déterminant : le CEO.
Lorsqu’un dirigeant considère son DRH comme un véritable partenaire stratégique, toute l’organisation le perçoit différemment.
Le soutien du CEO peut :
- légitimer la fonction RH
- faciliter l’accès aux instances stratégiques
- accélérer l’évolution des mentalités
Autrement dit, les dirigeants ont eux aussi un rôle à jouer dans cette transformation.
Ce qu’il faut retenir
Le débat dépasse largement la simple question de la représentation des RH.
Il pose une question fondamentale : Comment gouverner une entreprise sans intégrer pleinement la dimension humaine dans les décisions stratégiques ?
Dans un contexte marqué par :
- la transformation des métiers
- les pénuries de talents
- l’intelligence artificielle
- les nouvelles attentes des collaborateurs
Le capital humain devient un enjeu de gouvernance, et non plus seulement un enjeu RH.
La place des DRH dans les comités exécutifs et les conseils d’administration n’est donc probablement pas une mission impossible.
C’est surtout un chantier encore largement ouvert.
À condition que les organisations acceptent d’élargir leur définition de la performance.
Conclusion
Dans un monde où les entreprises investissent massivement dans la technologie, la data et l’intelligence artificielle, une question demeure : qui porte encore la voix de l’humain au plus haut niveau de décision ?
Le webinaire de Laetitia Kulak rappelle que la performance durable ne repose pas uniquement sur des indicateurs financiers ou des objectifs de croissance.
Elle repose aussi sur les femmes et les hommes qui font vivre l’entreprise au quotidien.
Et si les enjeux de talents, de leadership, de culture d’entreprise et de transformation sont désormais au cœur des préoccupations des dirigeants, alors la place des RH dans les instances stratégiques mérite d’être repensée.
Gouverner une entreprise ne consiste pas seulement à piloter des chiffres. C’est aussi comprendre, développer et valoriser le capital humain qui permet à ces chiffres d’exister.
Ce texte a été rédigé avec l’aide d’une Intelligence Artificielle.
Envie d’approfondir le sujet ? Regardez gratuitement le replay du webinaire.





